lundi 14 novembre 2016

La belle équipe

Dimanche 13 novembre
6h45
Le réveil sonne. Je me lève après une courte nuit pour retrouver l'équipe de la Cellule interministérielle d'aide aux victimes au Bataclan. Nous sommes mobilisés pour organiser l’accueil et l'accompagnement des victimes et des familles et proches de victimes invitées à assister aux cérémonies commémoratives des attentats du 13 novembre 2015. Celles-ci, organisées par la ville de Paris et auxquelles assistera le Président de la République, se matérialiseront par le dévoilement de plaques commémoratives dans tous les lieux frappés par les attaques terroristes ce soir-là.
Retour en arrière : qu’est-ce que la Cellule interministérielle d'aide aux victimes ou CIAV ? Elle a été créée par une instruction interministérielle signée par le Premier ministre le 12 novembre 2015, à la veille des attentats. Le hasard existe-t-il ? Elle a en fait réellement commencé à exister ce tragique vendredi 13 de novembre.
7h45
Je retrouve l'équipe de la CIAV du Bataclan -nous avons des équipes au Stade de France à Saint-Denis et dans tous les autres lieux frappés il y a un an : le Petit Cambodge, la Belle équipe, etc.-
Nous revêtons nos chasubles CIAV et nous mettons progressivement en place en liaison avec les services de la Ville de Paris aux accès du lieu de la cérémonie pour pouvoir filtrer et accueillir les victimes et leurs familles. L'équipe de la CIAV ce matin, ce sont les collègues du Centre de crise et de soutien du ministère des affaires étrangères, ceux du SADJAV au ministère de la justice, des membres des associations d'aide aux victimes (INAVEM, FENVAC, AFVT), des volontaires du vivier du ministère des affaires étrangères. Il y a entre nous solidarité et amitié, forgées dans cette expérience fondatrice du 13 novembre 2015 et nous nous retrouvons dans cet esprit d'équipe qui nous a permis de tenir le choc il y a un an et d'accomplir notre mission.
8h00
Les premiers invités arrivent, certains timides, heureux je crois d'être accueillis. Nous avons le temps d'échanger avec les premiers venus. Certains reviennent sur les lieux pour la première fois depuis le drame. Nous leur expliquons notre mission. Certains la connaissent bien du reste et demandent des nouvelles des collègues avec lesquels ils ont été en contact au moment du drame. J'en suis ému, comme je suis ému de cette retenue de nombre des personnes présentes, comme si elles avaient peur de déranger. Et nous, nous nous sentons bien peu de chose face à cette douleur toujours présente, aux souffrances qu'ont vécues toutes ces personnes le soir des attaques et qu'elles vivent encore ou revivent ce matin. Certains invités -je n'aime pas ce mot pour des gens qui ont ici toute leur place, c'est leur événement avant d'être le nôtre- veulent parler, s'épancher, d'autres gardent leur douleur pur eux. Certains reviennent ici pour la première fois depuis les attaques, d'autres sont déjà revenus, nous devons trouver notre propre place, assister sans gêner, respecter leur douleur tout en étant là pour eux.
Les espaces d'accueil se remplissent, la foule se fait plus dense, nous faisons des allers et retours pour escorter les invités des points d'entrée au lieu de la cérémonie face au Bataclan. Quand nous croisons des collègues de l'équipe escortant les invités, nous échangeons un regard, un sourire, en silence, notre mission nous anime et nous porte, avec la sérénité que procure le sentiment de servir. Par moments, je m'arrête et contemple ce ballet et tous les collègues de l'équipe de la CIAV dans leurs chasubles, en communion avec eux.
10h00
Les accès se ferment. Le cortège officiel arrivera à 11h00. Encore une heure. Le temps passe vite, malgré le froid et la pluie, dans la gravité et la dignité de l'occasion.
11h00
Le cortège arrive. Le Président de la République et la Maire de Paris s'avancent. Ils sont face à la plaque commémorative, la dévoilent. Les noms des victimes décédées le 13 novembre s'égrènent au micro, moment d'émotion intense, je guette le nom de Romain Naufle, mon ami luthier de la rue des Gâtines, il arrive, un choc au plus profond de moi, Annick se tourne alors vers moi et je suis sensible à cette attention silencieuse.
Une minute de silence. J'essaie d'embrasser dans mes pensées tous ceux qui sont morts ce soir-là, tous ceux qui ont été touchés dans leur chair ou dans leur cœur, je me dis que je ne dois oublier personne, le vide se fait dans ma tête, moment de communion intense avec toute l'assistance.
Le Président et les officiels se dirigent vers les familles, pendant une heure ils parlent aux uns aux autres, écoutent. Nous restons à l'écart. Notre mission est accomplie.
12h30
Nous rassemblons l'équipe et nous retrouvons dans un café pour boire un verre ensemble. En fait, nous buvons des boissons chaudes. L'atmosphère est doucement fraternelle. Nous ne voulons en fait pas nous quitter, un fil invisible nous réunit, nous ne pouvons que détester les raisons qui nous rassemblent, puisque ce fut, ce 13 novembre 2015 comme à nouveau ce 14 juillet 2016, l'horreur et la douleur, mais nous formons une équipe solidaire.
En rentrant chez moi dans le métro, j'éprouve un sentiment de plénitude, pour avoir servi ce matin avec mes amis de la CIAV, de façon anonyme, dans le respect infini de toutes ces douleurs réunies.

dimanche 29 mai 2016

Première page

Paris, dimanche 29 mai
C'est ma première page sur ce blog. Je m'essaie a cet exercice nouveau pour moi sans chercher à  faire plus que d'ouvrir ce carnet de notes. Je consacrerai le premier article à la musique.